Den marockanska musiken
Maroc existe comme une mosaïque vivante de cultures, son identité forgée par des millénaires de convergence. Les battements de cœur berbères palpitent aux côtés des percussions sahariennes et subsahariennes, tandis que les murmures des commerçants phéniciens, des rituels gréco-romains et des traditions intellectuelles arabes se mêlent aux mélodies raffinées d’Al-Andalus. Cette nation ne possède pas seulement l’histoire — elle incarne un dialogue continu entre les continents.
Les Marocains ont le rythme dans le sang. Dans un taxi, un marché ou une maison, la musique émerge spontanément — du tapotement des chaussures sur les pavés, le tintement des pièces, le rythme percussif sur un pot renversé. Cette musicalité innée est un exutoire à l’inquiétude, une façon de laisser le son circuler dans les veines, formant l’âme même de sa culture, comme dans de nombreux pays africains.


Musique arabe évolue continuellement, où la pop marocaine moderne absorbe les sons contemporains du monde arabe (Égypte, Liban), créant un genre vibrant et évolutif.
Musique classique andalouse, l’héritage « classique » d’Al-Andalus, est passionnément préservé dans les dialectes arabes uniques de chaque ville. Elle est interprétée par des écoles distinctes de Fès, Rabat, Tétouan, et le style Gharnati d’Oujda.
Traditions populaires amazighes (berbères) forment le socle. Des montagnes du Rif vient le Reggada — un style musical et de danse puissant du nord-est. Caractérisé par le piétinement rythmique et des mouvements de fusil simulés (bandits), il reflète la culture guerrière des Berbères Rifains. Ce style énergique, également connu sous le nom de Aarfa ou Imdiazen, reste immensément populaire.
Lorsque les musiciens Gnawa pincent le guembri, que les danseurs soufis tourbillonnent dans l’extase spirituelle, et que les hymnes nomades résonnent dans les tentes du désert, on comprend : chaque coin du Maroc raconte la même histoire éternelle de fusion culturelle, chacun dans sa clé unique.
Musique arabo-andalouse


Originaire de l’Al-Andalus médiéval, cette tradition musicale précieuse a trouvé une nouvelle vie à travers la diaspora des réfugiés, fleurissant en styles régionaux distincts dans huit villes marocaines. Chaque centre a développé son propre caractère : la solennité de Meknès, la complexité de Fès, l’élégance de Rabat, la terre-à-terre de Salé, le lyrisme maritime de Tanger, le raffinement spirituel de Tétouan, la vaste mélancolie de Oujda, et la pureté cristalline de Chefchaouen. Ensemble, ces villes forment une symphonie vivante de civilisation, leurs variations préservant un monde perdu.
Cette musique préserve miraculeusement des fragments de paroles espagnoles médiévales (Ladino), parfois mêlées à des versets hébraïques, servant de fossile vivant d’une époque où trois religions coexistaient. Bien que formellement établie au Maghreb au XVIe siècle, son âme s’est forgée dans le creuset du califat de Cordoue — une fusion unique de spiritualité poétique arabe et de sagesse populaire ibérique, née de la rencontre entre civilisations islamiques et chrétiennes.


Son architecture lyrique est un triptyque de formes :
Muwashshah : poésie classique complexe, tissée comme une broderie dorée.
Zajal : poésie orale vernaculaire, débordante d’humour de rue et de sagesse terrestre.
Odes religieuses : reliant aspiration mystique et émotion laïque.
Le cœur musical se compose de suites appelées Nûba, cycles légendaires censés initialement être au nombre de vingt-quatre, reflétant les heures du jour. Seules onze subsistent aujourd’hui, chacune un univers d’émotion : la suite ”Ramal” évoque la première lumière de l’aube, ”Maya” porte la gravité du crépuscule, et ”Hijaz” exprime le désir du nomade. Lorsque les cordes du oud tremblent et que le tambour daff résonne, ces constellations musicales survivantes continuent de tourbillonner sous les cieux marocains, chaque note un tunnel vers l’âge d’or d’Al-Andalus.
La musique berbère


La musique amazighe (berbère), à l’image des bassins des montagnes de l’Atlas, se ramifie en dialectes régionaux distincts façonnés par la topographie et la tradition. Cette majestueuse chaîne, s’étendant des environs de Fès au nord aux franges désertiques de Guelmim au sud, abrite des idiomes musicaux uniques dans chacune de ses vallées. Dans ces terres où la vie bouge au rythme de la nature, la musique transcende l’art pour devenir une forme de dialogue élémentaire. Quand les cultures ont soif de pluie, les communautés s’unissent en chantant l’Ahwach pour appeler les nuages ; quand les tempêtes font rage, certains motifs de tambour sont strictement interdits pour ne pas aggraver la fureur de la nature. Ici, la musique agit comme un régulateur du souffle naturel — une force qui peut insuffler l’esprit divin aux cultures fanées ou redonner vie à une source asséchée.
La musique amazighe est profondément entrelacée avec le cycle agricole, créant un « almanach sonore » unique :
Saison des semailles : les instruments à cordes sont souvent interdits, de peur que leurs vibrations perturbent les esprits présents dans le sol.
Temps de récolte : le tambour cadre communal Bendir est joué en masse, ses vibrations censées faire tomber l’abondance des tiges.
Dormance hivernale : le long cor Nafir est soufflé, son ton brut et perçant destiné à chasser le froid rigoureux.
Cette connexion profonde avec la terre rend toute classification systématique de la musique amazighe intrinsèquement difficile : ce n’est pas seulement un art de performance, mais un rituel vital pour la survie communautaire.
Le fossé apparent entre musique arabe et amazighe découle souvent d’un récit centré sur la ville. Alors que les raffinés Nawbas andalous dominent dans les cours de Fès et Rabat, la musique populaire arabe de l’arrière-pays possède sa propre puissance indomptée. Les véritables distinctions se situent plus profondément :
Philosophie instrumentale : la musique amazighe manque souvent de professionnalisme ; la danse et le chant collectifs priment, le Guembri et les percussions corporelles (claquements de mains, piétinements) formant le rythme central, rarement les instruments à cordes présents dans la musique arabe.
Expression incarnée : chaque mélodie amazighe est intrinsèquement liée à des mouvements de danse spécifiques ; phrases musicales et gestes physiques existent comme un tout symbiotique.
Si la musique arabe recherche l’élévation spirituelle par les cordes poétiques du oud, le peuple amazigh canalise le pouls de la terre par le piétinement de ses pieds — l’un aspirant aux cieux, l’autre ancré dans le sol, formant ensemble l’âme duale inséparable du Maroc.
Les Gnaouas (ou Gnâwas)


La musique Gnawa se dresse comme un phénomène culturel unique spécifique au sud du Maroc, particulièrement florissante à Marrakech, Essaouira et dans les vastes régions méridionales. Ses paroles, comme le code génétique des descendants d’Africains asservis, tissent ensemble l’arabe, l’amazigh et les dialectes africains, narrando une mémoire collective qui traverse le Sahara.
Depuis le XIIe siècle, les esclaves du Sénégal, Mali, Nigéria et d’autres régions subsahariennes ont été amenés au Maroc, servant à la fois de soldats pour les armées almohades et de bâtisseurs de palais. Ces âmes déracinées ont fondé des confréries secrètes (confrèries) dans leur nouvelle terre, centrées sur des musiciens maîtres appelés mâalems. À travers des rites d’initiation fusionnant rituels africains, soufisme arabe et traditions berbères, ils cherchaient un appartenance spirituelle dans des danses induisant la transe.
Gnawa est, au fond, une musique de l’esprit :
Le qraqeb (castagnettes métalliques) imite le cliquetis des chaînes.
Le guembri (luth à trois cordes avec caisse en peau de chameau) produit des vibrations qui résonnent profondément dans le corps.
Les tbels (grands tambours) battent comme un cœur primal.


Lorsque la musique commence lors de cérémonies nocturnes de guérison appelées lila (signifiant « nuit » en arabe), les praticiens dansent selon sept rythmes, chacun associé à une couleur et un esprit : blanc pour les esprits bienveillants, rouge pour éveiller l’âme du guerrier, noir pour se connecter au monde souterrain. Ce rituel du coucher au lever du soleil est à la fois une thérapie musicale et un acte vital de préservation culturelle.
Gnawa a connu une transformation remarquable à l’ère moderne :
Le Festival annuel Gnawa et Musiques du Monde d’Essaouira attire artistes et pèlerins de dizaines de pays.
Il s’engage dans des dialogues improvisés avec le jazz, partage son lament avec le blues, et trouve un terrain commun avec le reggae.
Ses récits sont réutilisés dans le rap marocain, donnant voix aux luttes contemporaines.
Des rassemblements secrets dans les quartiers d’esclaves à son inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, Gnawa a composé une puissante ode à la liberté utilisant ses notes les plus douloureuses, sa résonance spirituelle étant désormais une coordonnée indispensable sur la carte de la musique mondiale.
La musique Chaabi


La musique Chaabi est un creuset culturel vibrant, forgé par la recombinaison génétique d’innombrables traditions populaires marocaines. Née dans les espaces animés entre les étals du marché, son rythme pulse désormais à travers chaque célébration — des fêtes de mariage dans le désert autour des feux de camp aux fêtes de rue sur la côte atlantique, son pouls vital résonne partout.
La composition même d’un ensemble Chaabi raconte une histoire d’échange culturel :
Éléments orientaux comme le darbuka et le tambourin arabe.
Importations occidentales comme le mandole (adaptation locale, grand mandolin avec son de guitare équipé de quatre jeux de cordes métalliques).
Le violon tenu verticalement — poursuivant la posture de jeu du guembri traditionnel.
L’apparition inattendue du banjo et les textures subtiles du piano.
Cette instrumentation brouille les frontières entre musique orientale et occidentale. À l’instar des rythmes de tango joués par les pianistes d’Alger utilisant les gammes arabes, Chaabi est par nature un hybride.
Contrairement au Raï, avec ses récits directs de désir, Chaabi cherche constamment l’équilibre dans un dialogue entre ancien et moderne. Il canalise les vers mystiques des poètes soufis du XIVe siècle tout en exprimant la nostalgie des immigrés contemporains ; il préserve les traditions narratives des troubadours amazighs tout en absorbant le romantisme de la chanson française. Comme l’a observé le ukulélist Cyril Lefebvre, « Les musiciens jouent avec une intensité quasi féroce, cette explosion émotionnelle brute relie Chaabi à l’esprit du blues. »
Lorsque le violon tenu verticalement s’exprime avec passion, lorsque le mandole métallique et le tambour darbuka s’engagent dans un duel rythmique, la musique Chaabi réalise une déconstruction et une réinvention de l’esthétique arabe raffinée par les moyens les plus populaires. Aujourd’hui, des clubs underground de Casablanca aux tentes de mariage des quartiers immigrés parisiens, cet « art du peuple » prospère avec vitalité, résonnant le pouls moderne de l’Afrique du Nord à travers le monde.
Le Samâa : les chants sacrés


Samāʿa se tient comme la forme la plus ancienne de musique spirituelle du Maroc, construisant des sanct

